Sejour 1

From Fxp Wiki

Jump to: navigation, search
  1. Sejour_1
  2. Sejour_2
  3. Sejour_3

Huit mois à Freiburg (Part 1)

IL faut donc bien commencé quelque part, trouver un commencement à cette aventure. Huit mois. Huit mois d'absence, mais l'aventure a commencée bien avant, quelque part dans cette nébuleuse insatisfaction qui m'oppressait sans m'étouffer complètement.

Partir, une idée qui ne s'imposait pas; un songe, pas même une esquisse de voeu. Et puis tout se bouscule, d'un seul coup l'appel d'Oliver, "tu veux toujours venir en Allemagne ? parce que j'ai une idée. Un ami cherche un colocataire pour six mois". Maintenant je le sais, l'adrenaline, ça fait tchchchch.

Les au-revoirs, je ne m'en souviens qu'à peine. Pour la première fois depuis huit mois cela m'est revenu, en me rendant sur les lieux de cette petite cérémonie, autour d'une tasse de thé. La place du Parlement était bien froide à cette époque. Oui, cela m'est revenu hier, en rechauffant à nouveau mes mains autour de ces parfums. Thierry n'était pas encore célèbre en ces temps là...(hihih). J'avais rendu sa montagne de livre à Stéphane, en lui laissant en gage ma collection de Pennac. Tout s'accélère... je n'ai pas réalisé, je n'ai pas mémorisé.

Mon train part, je retrouve Paris, à nouveau la tonne de bagage, et Samuel qui est là, son rire, ses vidéos, son colocataire. Ca m'a tellement serré le coeur, ce retour à la capitale. Un passage éclair, je le savais, mais quand même: quand on a la trouille, tout se mélange tellement. Heureusement, pas trop le temps de penser, l'emploi du temps est diablement chargé pour ces trois jours.

A peine arrivé, je contacte Magalie, parce qu'il faut qu'on décide où se rejoindre, quand on part. Moi la Haute-Saone, j'ai pas la moindre idée d'où ça se trouve. Manque de bol, vu comme elle en parle, j'ai un peu peur qu'elle non plus. Je sens que l'anniversaire de Yannick, ça va être quelque chose. Si on le trouve. Bon, faut que je souffle: où est Gibert? Jérome, soit bénit sur douze générations. Toujours pas de nouvelles de l'Allemagne. Oliver injoignable, et seulement un email pour le colocataire. Moi j'ai mon paquetage dans les bras et sur le dos, des billets dans la poche, et des adieux plein les oreilles... j'espère que tout est OK là-bas.

Magalie conduit très bien, notre road movie est sans accrocs. En fait, d'après la carte, la Haute-Saone n'est pas tout à fait près de Dijon... m'enfin, j'avais la direction de bonne. Les courses à deux, pour trente personnes pendant trois jours. Un bonne pizza pour se remettre, et en route pour la déco de la salle. Et puis les gens arrivent, des têtes connus, des têtes moins connus. Ca fait drôle de se retrouver avec les amis d'un amis, quand cela fait une bonne dizaine de cercles qu'on n'a pas connu. Gott sei Dank, ma réputation me précède. C'est l'avantage des vieux copains, on fait partie de ces légendes, une sorte de tradition orale, et les liens se font vites... "Ah c'est toi Fx !!!" Ben oui, c'est moi. En chair et en os. Je m'aperçois que je suis vivant dans cette mémoire qui circule. Et il y a la petite Audrey, toujours rigolotte, elle sculpte ses rondeurs maternelles. Quand il naîtra je serai probablement de retour en France.

Il y a la bouffe, il y a l'alcool, et puis il y a les jeux. Evidemment j'ai oublié le nom, mais j'avoue que j'ai vraiment beaucoup ri. Voici les règles, telles que je les ai comprises. On boit, on boit pas mal, et en plus, c'est du genre, "manger c'est triché". Des vapeurs autres qu'alcooliques (dit-on acétiques?) ne sont pas à exclure, bien évidemment. Et puis vient un moment où l'un des convives s'endort, inévitablement, avachissementablement, sur le coin d'un canapé. Le jeu consiste alors pour les participants dont l'état d'embrumissement n'atteint pas encore le coma, de décorer, de barbouiller, de déguiser leur meilleur ami endormi.

Celui qui le réveille à perdu.

Le jeu est drôle, mais je dois dire que j'ai vraiment adoré le moment hallucinant où Audrey a révélé les photos qu'elle avait prise des pauvres malheureux enguirlandés pendant les deux ou trois années précédentes. Une gallerie de parties où certains se sont alors reconnus, endormis, mais qui, avec tous les restes de la raclette qui avait précédée éparpillés, sur le visage, sur le corps, qui, dormant avec un chapeau de clown et une cigarette au bec, qui dans des poses les plus extravagantes (oui, parce qu'à partir d'un certain degré de sommeil, on peut presque déplacer la personne sans qu'elle s'en aperçoive). Dans les yeux de Nono, scrutant les photos, j'ai vu le doutes, l'incrédulité, puis soudainement la reconnaissance de son propre visage sous les épluchures de pommes-de-terre, et les lambeaux de couenne dégraissé Carrefour 4 tranches pour 2.35 euros. On a bien ri je dois dire.

Et puis les au revoir, le départ, la route. Royale la Mag. Sauf qu'à Paris, tout s'est un peu gâté. "Allo, ah! Jérome, je suis content de t'avoir, j'arrive pas à joindre Samuel. Vous êtes où?

- Ben en fait y a un problème, Samuel est à l'hopital. 
- ...
- C'est un peu compliqué...

Dans ce genre de situation, il faut rester optimiste. Je ne suis pas optimiste. M'enfin pour Samuel, j'ai fait une exception. J'avais eu trop de chance jusqu'à maintenant pour qu'il se passe quelque chose de dramatique. Oui, tout allait bien se passer.

Et tout c'est bien passé. Le colocataire m'a ouvert. J'ai dormi chez Sam. Je lui ai rendu visite le lendemain, j'ai envoyé un mail dans le vide à mon éventuel futur colocataire pour dire que je différait mon départ d'une journée... et comme il ne pouvait pas me joindre, je me suis remis à prier (Bonjour, je m'appelle François, et parfois je retombe en prière. -Bonjour François!). Et puis tant qu'à faire, Samuel aussi pouvait avoir besoin d'un petit peu d'aide, alors la protection divine communautaire, ça me convenait trés bien. Samuel est du genre suffisamment gonflé pour soigner toutes les maladies avec de l'aspirine. C'est pas de ça faute mais apparemment cette semaine là ça lui est retombait dessus. Alors on opère ou on opère pas... Ouai, maintenant je peux être léger là-dessus, mais sur le coup j'en menais pas large, et un grand Cyril non plus.

Mais l'heure tournait, et le moment du départ est comme de bien entendu arrivé. Alors, on ferme la porte, on laisse la clé, et il n'y a plus de retour possible. Allemagne, me voici. Et si quelqu'un pouvait être là pour m'accueillir, ce serait pas une mauvaise chose. Ah oui, il faut le tamponner ce billet, gare de l'Est. C'est fou comme chaque petit geste à ce goùt de non-retour.

Le train est parti. J'ai vu Baal. Je vois que cela s'appelle Basel en langage suisse. Là-bas il faut trouver le quai. La guichetière est gentille, mais elle me donne le mauvais numéro de quai. Je poirote, je poirote, mais même sans bien comprendre l'allemand, je trouve que c'est un peu bizarre que tous les quais aient leur train d'affiché, sauf le mien. Je suis seul, je suis à l'étranger, je baragouine l'allemand comme un lecteur de Burda. Je sais dire "chose en soi" et "Critique de la raison pure". Pour demander si le train de 13h45 va bien à Fribourg c'est un petit peu juste.

J'ai faim. Le morceau de brioche me coute les yeux de la tête, et en plus, la vendeuse me rend la monnaie en Franc Suisse. C'était mon dernier billet, j'ai plus une tune en euro, et elle, elle est contente. Je reconte ma fortune, 1 euro 30. Même pas de quoi me payer un café. (Le premièr qui suggère qu'avec la monnaie rendue par la vendeuse de brioche j'avais largement de quoi me payer une dizaine de café directement en francs suisse, je l'assomme. Bon, je suis un peu juste pour le poste de directeur financier, mais pour la RH, je m'en sors quand même, merde!!!)

Je suis dans le bon train. Je roule vers l'Allemagne. La douane passe. Et s'arrête. Non je n'ai rien de spécial à déclarer (en espérant que c'est ce qu'il m'a demandé). Ah oui, il est vide mon passeport, pas beaucoup de tampons. J'aimerais bien lui dire à ce gentil allemand qu'avec l'Europe il n'y en a plus beaucoup de tampons, mais cela fait beaucoup de mot, dont un verbe, alors on va sourire un peu niaisement, ça suffira. De toute façon je suis français, c'est normal que j'ai l'air niais. Impécable. Hollywoodien.

Pour tout futur voyageur, je soulignerais simplement que presque toutes les gares autour de Fribourg s'appellent Fribourg-quelquechose ou quelquechose-Fribourg, et que même Fribourg s'appelle complexement Freibourg-am-Breisgau-haupt-Bahnof. Dans un haut-parleur sncf deutsch bahn ça donne... Ouai, je sais c'est trop facile.

Et en descendant du train, j'ai aperçu la longue silhouette d'Oliver. Mon coeur a sauté au moins cinq battements, et j'ai dit "salut". J'étais en Allemagne, Oliver était là, mon futur colocataire Thien Tri aussi. Tout allait bien se passer. J'avais l'impression de ne pas avoir dormi depuis, ouf ? Bordeaux!

L'appartement est génial. Ma chambre est plus grande que celle de Bordeaux. J'ai une armoire, et il y a la télé dans le salon. Thien Tri parle parfaitement le français. Oliver aussi. Ca pourrait poser un problème. Mais pour l'instant, je ne comprend pas un mot d'allemand, malgré collège et lycée.

Je vais commencer par souffler un peu. De toute manière, Oliver part presqu'aussitôt pour une ou deux semaines en France, et Thien Tri doit rendre visite à sa famille dans un ville voisine le week-end. J'aurais le temps de prendre mes marques. Il faut que je dorme. Il faut que je décompresse.

Tout, va, bien.

  1. Sejour_1
  2. Sejour_2
  3. Sejour_3
Personal tools